2007, l’orient-le jour, Beirut, Lebanon

Rana RAOUDA habille de ses toiles la poésie libanaise à Annecy 

 

8 octobre 2007, par Zahi Haddad

Samedi 6 octobre, Annecy découvre sa Maison de la poésie. Flambant neuve. Son objectif : permettre aux amateurs d’effeuiller, à leur guise, les grands ouvrages poétiques de notre temps. Cerise sur le gâteau, le Liban était à l’honneur du vernissage. Et ce pour deux mois. Pour conjuguer art littéraire et peinture, Rana Raouda a été invitée à exposer quelques-unes de ses toiles. Un délice.
Crédit photo : Zahi Haddad

Ils étaient tous là : Adonis, Abbas Beydoun, Vénus Khoury-Ghata, Khalil Gibran, Nohad Salameh, Georges Schehadé, Salah Stetié, Alain Tasso, Nadia Tueini. Enfin, à peu de choses près : leurs recueils, leurs vers, leurs rimes, leurs âmes étaient présentés dans une Maison de la poésie qui vient d’ouvrir ses portes à Annecy. Passage de la cathédrale. À quelques encablures du lac et des paisibles rives lacustres de la Venise des Alpes. Un havre propice à l’évasion, voulu par Michel Dunand, hôte des lieux qui y a installé sa propre collection offerte à l’imaginaire des aficionados. « C’est une bibliothèque de la poésie, où je souhaite que l’on puisse découvrir des artistes et y feuilleter leurs ouvrages. » Et pour habiller les lettres, des expositions de peinture seront régulièrement organisées. Amoureux de la poésie, Michel Dunand a soigné le moindre détail de cet écrin chaleureux aux imposantes poutres apparentes. Livres et livrets, revues spécialisées, éditions rares, souvenirs de voyages, tout y passe. Et même quelques 45 tours, venus d’un autre temps rappeler « le travail des chanteurs qui ont mis des poèmes en musique ».

Globe-trotter de cet art littéraire bien particulier, Michel Dunand a donc choisi le Liban pour écrire les premières lettres de sa nouvelle aventure. Et pour les premiers coups de pinceau, Rana Raouda (photo), venue en voisine de la petite ville de Seynod, où elle a planté son chevalet, il y a un peu plus d’un an. « J’ai été emballé par le travail de Rana, explique Michel Dunand. C’est un véritable coup de cœur. »

De l’autre côté du miroir

Véritable coup au cœur également ! Le seuil de la porte franchi, une kyrielle de sensations se bousculent immédiatement. Se disputent la première place dans le cœur du visiteur. Les sublimes lucarnes de couleur de la peintre le projettent en effet d’un monde pensé comme étant réel à celui d’incroyables émotions. Cette autre réalité. De l’autre côté du miroir. Tellement intense. Belle et bien réelle. C’est le Liban ou cet insaisissable ailleurs, pourtant si proche.

La palette s’envole et décline les roses et les oranges jusqu’aux bruns des calanques de Cassis, du matin au soir. Comment ne pas s’y laisser bercer ? Du bleu et du rouge évoquent des « Passion Thoughts » qui parlent d’elles-mêmes. Si éloquentes ! Et encore du bleu, pour pointiller l’exposition avec une série de petits formats. Pour poser des traits d’union et boucler sur deux autres bleus longilignes, « Candlelight » et « Se tricoter des souvenirs », qui encadrent l’entrée de ce monde révélé. Un feux d’artifice somptueux soutenu, en fond sonore, par la voix de Ghada Shbeir qui finit d’éveiller les sens. De les faire chavirer. Comment ne pas se sentir mu et grandi par une telle expérience, qui a réuni de nombreux visiteurs : artistes, poètes, photographes, écrivains, acteurs, curieux de tous horizons ? « Je suis très heureuse qu’à travers mes toiles ce petit monde se crée. Que la sensibilité soit là, commente Rana Raouda. Ça, c’est le Liban, l’amour que nous avons chez nous. Et de poursuivre : Il y a une très belle énergie. J’adore ce qu’il se passe ! La poésie nous lie. »

La Maison de la poésie fera ses au revoir au Liban le 23 novembre. Quant à Rana Raouda, elle prolongera certainement la magie à l’Hôtel de Ville de Seynod (27 novembre-17 décembre) après un passage par Montreux (14-18 novembre), autre ville d’eau. Sur son passage, elle croisera peut-être ces quatre jeunes « poètes interplanétaires » qui ont profité de cette journée poétique d’automne pour faire rimer « les quatre coins de la planète » et déclamer sur les quais d’Annecy, entre autres morceaux choisis, le « Rêve familier » fait par Verlaine et l’indispensable « Quand on a que l’amour » caressé par Brel. Un moment surprenant. Revigorant ! À l’image de ce poétique local niché Passage de la cathédrale.

 

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